Un coup d’enthousiasme et un coup de blues pour cette exemplaire réussite chinoise, communément appelée Factory 798.

Comme dans toutes les grandes villes modernes, à Beijing il y a des friches industrielles. L’urbanisation galopante enveloppe des usines autrefois éloignées des centres d’habitat, et il faut les délocaliser. Les terrains et les bâtiments libérés sont une aubaine pour les artistes en tout genre, on le voit partout, à Marseille comme à Beijing.

entrée 798

Je suis allé visiter cet endroit à deux reprises ces dernières semaines et j’en ai tiré une bonne dose d’enthousiasme et un vrai coup de blues.

D’abord la taille : si en Chine tout est grand, les friches le sont aussi ; la Factory 798 couvre à peu près la moitié du 1er arrondissement de Marseille. Prévoyez baskets, ou vélo.

plan 798

Ensuite la mixité urbaine : si nos technocrates énarques ne mélangent pas les torchons et les serviettes, à la 798 ont passe sans cesse d’un quartier devenu « artistique » à un autre encore « usine » ; mieux, d’une porte à l’autre on peut passer d’une galerie de tableaux à un atelier de production de pièces en métal ! Pas de malaise entre les genres et les valeurs : un même bâtiment peut accueillir en rez de chaussé, d’un côté un restaurant chic très design et de l’autre des ateliers sidérurgiques en activité, l’imprimerie d’un magazine culturel et, en face, une hlm. Pas d’états d’âme à se mélanger entre ouvriers, artistes et publics.

atelier d’usine 798

Et cette mixité se retrouve dans les genres : on croise tous les publics à la 798, des plus avertis aux plus néophytes. On croise des marchands d’art contemporain qui fournissent les plus grands musées ou galeries du monde occidental et les amateurs de posters, de pin’s, et les bobos branchés qui viennent pour les bistrots les plus « hype ». Pas de cloisons étanches, et la créativité comme le commerce y trouvent leur compte. Designers, stylistes, éditeurs, galeristes, libraires, exposent, vendent et font connaitre cet extraordinaire bouillonnement à qui ose pousser une porte, s’aventurer dans un bâtiment pas vraiment encore rénové, éviter un engin de chantier et suivre son instinct. Et ça rénove, ça invente, ça explore, ça interroge à chaque coin de rue.

Bref, un éco-système ouvert, dynamique, où chaque élément concurrence et renforce l’autre, où l’argent n’a pas peur des artistes, où les artistes n’ont pas peur de l’économie, où les oppositions se fécondent mutuellement, …

poing 798

Tout l’inverse de ce que nos autorités urbanistico-culturelles ont fait à la Friche de la Belle de Mai, par exemple, à Marseille : 3 pôles distincts (bien nommés « ilôts » !), blockhauisés à souhait derrière des murs sans passages, derrière des administrations distinctes qui ne se parlent pas. Il y avait même des passerelles entre des bâtiments, elles ont été abattues. Quant au fossé (relationnel) entre ces ilôts et le quartier, c’est … le désert.

Parfois on découvre beaucoup en descendant de ses certitudes de supériorité et en regardant de plus près ce que font ceux qui font différemment. Et comble, la Factory, ce lieu de réflexion, de dialogue et de liberté, est dirigé par une française, artiste et entrepreneuse de talent, s’il en est, Bérénice Angremy, et son compagnon chinois Hang Rui ! Qui a dit que nous ne savons pas faire quand on veut ?

hall d’exposition 798

Màj d’août : pour ceux qui peuvent aller en Arles (en Camargue, entre Marseille et Nimes), ne ratez pas l’expo (jusqu’au 16 Septembre) de photographes du Dashanzi Art District, à l’Atelier de mécanique (anciens ateliers SNCF, eux-mêmes friche en reconversion), dans le cadre des Rencontres de photo.

Coup d’admiration

mars 18th, 2007

S’il fallait vanter les qualités d’audace et d’ouverture des marseillais, illustrées par de longues lignées de marins, d’armateurs, d’entrepreneurs, d’artistes, de chercheurs, il en est un qui a toute sa place dans ce panthéon, un marin justement (1).

Au risque que sa modestie en souffre, mais il me le pardonnera, il a osé entreprendre une traversée de l’Atlantique hors du commun : en solitaire et sans instruments.

Guidé par Pythéas

Armé d’une simple planchette percée et d’une cordelette, comme les navigateurs arables de l’antiquité, il s’est placé sous les auspices de Pythéas et a rallié Marseille à la Guadeloupe (moins froide que le cercle polaire où Pythéas s’aventura). On a pu le suivre en direct grâce à une balise automatique (qu’il ne pouvait pas consulter) sur son site web.

Mais, au delà de l’aspect navigation, c’est certainement l’aventure intérieure, le dépassement de soi, la relation au temps, l’exercice de la confiance en son jugement, qui ont fait la véritable aventure.

Christophe, nous t’admirons pour ton courage et ta ténacité. Tu es un exemple pour ceux qui traversent des océans de doutes et de difficultés.

Christophe Beaulier

(1) dans la vie à terre, il est un graphiste illustrateur de talent ; nous lui devons le logo d’Ubik Lab.

Quand un client nous interroge sur nos méthodes de travail, on a tendance à ressentir ce qui doit se passer dans la tête d’un chef de cuisine quand on lui demande sa recette. Entre une impression de sans-gêne, voire de voyeurisme, et une fierté face à une indéniable marque de reconnaissance.

En informatique on a souvent la culture du résultat qui prime sur celle des moyens ; pourvu que le logiciel marche, on reste plutôt discret sur le comment on l’a fait. Par réalisme.

Etre réaliste en informatique, qu’est-ce que ça veut dire vraiment ? Parce que dans le web, développer des applications comme on le faisait du temps de Merise, ça ne marche pas, il a fallu revisiter les méthodes et inventer d’autres modèles.

Nous croyons que le logiciel est trop complexe, la plupart du temps. Trop de fonctionnalités, trop de boutons, trop à apprendre pour l’utilisateur.

C’est souvent un rêve d’ingénieur, mais c’est comme beaucoup de maisons : ça ne tient pas (ou pas bien) ses promesses, c’est pas vraiment confortable et c’est un travail de chien pour l’adapter aux évolutions des besoins (quand ce n’est pas tout simplement impossible).

Quand nous proposons un descriptif fonctionnel d’un logiciel à un client, s’il ne nous connait pas il est souvent étonné : nos développements en font moins que nos concurrents ; intentionnellement. Nous développons des logiciels qui fonctionnent intelligemment, croyons-nous, qui font se sentir mieux l’utilisateur, qui lui permettent de faire les choses le plus possible à sa façon, et sont plus faciles à utiliser.

Comme beaucoup de professionnels, et d’utilisateurs, nous avons appris et découvert le logiciel avec ce que nous proposait cette industrie naissante qu’était la micro-informatique des années 80 : Visicalc, puis Multiplan et Lotus 123, avant Excel, Wordperfect et Sprint avant Word, dBase et Paradox avant 4D, PageMaker avant Acrobat, le Minitelet le videotexte avant l’html et l’Ajax. L’ordinateur personnel et l’internet se sont imposés malgré les prévisions et les souhaits des firmes alors dominantes (la plupart ont disparu) mais les vieilles habitudes, elles, sont restées cachées dans les livres de recettes (et souvent encore appliquées).

Alors quoi faire, ou plutôt comment le faire ? C’est en l’inventant pas à pas, par nous-mêmes, en tirant des leçons – partielles, de nos échecs et de nos difficultés, que nous avons commencé à progresser, avant la création d’Ubik Lab, quand nous nous appelions encore Média Technologies. Et en cherchant autour de nous d’autres professionnels, d’autres développeurs qui se posaient ce genre de questions, et qui eux aussi inventaient des réponses, testaient des idées, bref, innovaient.

[à suivre]

Coup de gueule

février 8th, 2007

Il n’y a qu’à ceux qu’on estime qu’on peut faire des reproches. Bien que n’étant pas adhérent de l’UPE13, la puissante section du Medef marseillais, j’y compte de nombreux amis, rencontrés notamment au CJD.

Alors quand PSE (acronyme de Professions du Sud Est, autrement dit le journal de l’UPE13) présente un film pour promouvoir sa nouvelle formule, j’y vais.

Il y avait une opportunité

On avait entendu Stéphane Duhamel, pdg de La Provence dire récemment à l’occasion d’un déjeuner-débat du Club Provence Communication (voir ce billet) déclarer que la suppression du supplément économique hebdomadaire de son quotidien était justifié par une cible de lecteurs trop étroite (je reformule) et qu’au final le volume d’infos économiques avait quand même augmenté. L’argumentation avait de quoi surprendre, mais La Provence c’est de la « PQR » traditionnelle et dans un pays comme la France, doté d’une culture économique aussi peu mature, on peut presque le comprendre, même si on le regrette amèrement.

Espoir déçu

Donc, il y avait un créneau à (re)conquérir, l’ancienne formule de PSE datant vraiment de … longtemps.

L’intérêt pour cette nouvelle formule était d’autant plus stimulé que, la discrétion étant restée de mise, la présence d’un logo évoquant fortement le symbole des flux RSS donnait à penser que l’UPE avait vraiment préparé une (r)évolution façon web 2.0.

Et bien en fait de révolution, « PSE papier » se double d’une version web, vraiment web 1.0 : pas une once d’interactivité, de dialogue, de contribution, de possibilité de commenter l’actualité ; pas de fil RSS, pas de personnalisation, pas de liens externes. A croire qu’ici on n’a pas encore aperçu ce qui devient la norme ailleurs, dans l’économie comme dans les médias.

Donc la révolution annoncée, finalement, c’est une maquette papier, au demeurant enfin lisible, et au contenu développé ; dont acte. Je ne juge pas ici du média parce qu’il y a bien plus grave : dans le dynamique film de présentation de la révolution de PSE, sont présentées les grandes rubriques et les journalistes qui les ont en charge, de façon plutôt dynamique et amusante. Je passe sur le fait que tout est tourné sur le Vieux Port (quartier que j’adore et où je travaille), ce qui parait un brin réducteur. Est-ce vraiment là que se fait l’économie du département ? Ou bien est-ce parce que le siège de l’UPE13 s’y trouve ?

On aurait bien vu des journalistes interviewés sur des zones industrielles ou d’activités, sur le port, auprès de grandes infrastructures, etc …

Quel archaïsme !

Bon, je reviens au fait. Dans le film, pour présenter la rubrique Innovations, on a un duo de journalistes qui rigolent d’un mécanisme de boite à musique ironiquement nommé « lecteur mp3″ qui joue la musique de … l’arnaque ! Et ce mot s’affiche en gros plan. Et ils en rient …

Pour le patronat marseillais, du moins pour son journal, le message est clair : « l’innovation c’est une arnaque. » Ce n’est plus de la communication subliminale, c’est une ligne éditoriale !

Qu’en pensent les adhérents de l’UPE13 qui sont des entrepreneurs de l’innovation ? Qu’en pensent les investisseurs étrangers qu’on invite à s’intéresser à notre petit coin de planète ? Qu’en pensent les étudiants et les chercheurs des facs, écoles et labos que nous finançons ? Qu’en pensent les clients qui achètent des produits innovants ? Qu’en pense Oseo-Anvar qui est annonceur dans PSE ? Qu’en pensent les lecteurs ?

On n’est déçu que par ceux dont on attend le meilleur
J’ai de nombreux amis au Medef, qu’en pensent-ils ? Je n’aimerais pas être à leur place, les adhérents qui « font » dans l’internet, dans les puces, dans les logiciels, dans les nanotechnologies, dans les biotech, dans les équipements grand public, dans les services, dans le multimédia …

Mais qui va défendre l’économie, l’audace, la créativité, l’innovation, si ce n’est pas les entrepreneurs et leurs organisations, leurs journaux et leurs communicants ?

A part ça la table ronde avec Elie Cohen était très intéressante, et pas du tout langue de bois, et le choix de la salle (l’Espace Julien, salle de concert très branchée musiques innovantes) était original et le buffet excellent.